Des entreprises françaises investissent progressivement dans le bitcoin

Combien d’entreprises françaises détiennent réellement du bitcoin dans leur trésorerie, et sous quelles formes ? Entre les sociétés cotées qui affichent publiquement leurs réserves et celles qui s’exposent via des produits financiers régulés, le paysage reste fragmenté. Cet article mesure l’écart entre les différentes stratégies d’investissement en bitcoin adoptées par les entreprises françaises, à l’aune du nouveau cadre réglementaire européen.

Traitement comptable et fiscal du bitcoin en trésorerie d’entreprise

Les concurrents listent des noms d’entreprises sans aborder le frein principal : la comptabilisation des cryptomonnaies dans les comptes sociaux français. Un actif numérique détenu en trésorerie ne se traite pas comme une devise, ni comme un placement financier classique.

Le bitcoin, classé parmi les actifs incorporels, oblige les entreprises à constater d’éventuelles dépréciations sans pouvoir comptabiliser les plus-values latentes. Ce déséquilibre pèse sur le bilan. Une société qui achète du bitcoin à un cours donné voit son résultat dégradé si le cours baisse, mais ne peut pas refléter la hausse tant qu’elle ne vend pas.

La fiscalité ajoute une couche de complexité. L’administration française rappelle que les cryptoactifs sont des actifs à risque, avec des obligations déclaratives spécifiques : comptabilisation de la TVA dans certains cas, suivi des plus ou moins-values réalisées, et déclaration des comptes détenus sur des plateformes étrangères. Une proposition de loi récente envisage de rendre les moins-values crypto déductibles sur dix ans, ce qui changerait le calcul pour les entreprises ayant subi des pertes.

Ce cadre explique pourquoi la plupart des entreprises françaises préfèrent une exposition indirecte au bitcoin plutôt qu’une détention directe en trésorerie.

Équipe de professionnels français discutant d'un tableau de bord crypto-monnaie bitcoin en entreprise

Exposition directe ou indirecte : comparatif des stratégies bitcoin des entreprises françaises

Deux logiques coexistent. D’un côté, les sociétés qui achètent et conservent du bitcoin sur leur bilan (le modèle dit « Bitcoin Treasury Company »). De l’autre, les acteurs institutionnels qui s’exposent via des produits financiers ou des participations dans l’écosystème crypto.

Critère Détention directe (treasury) Exposition indirecte (fonds, produits structurés)
Actif au bilan Oui, actif incorporel Non (ou via parts de fonds)
Impact comptable d’une baisse Dépréciation immédiate Variable selon le véhicule
Contrainte réglementaire Déclaration, TVA, conformité PSCA Régulation du gestionnaire de fonds
Liquidité Dépend de la plateforme utilisée Selon les conditions du fonds
Signal de marché Fort (engagement affiché) Discret (dilué dans un portefeuille)

Les entreprises cotées qui choisissent la détention directe envoient un signal fort aux investisseurs. Ce choix implique une gestion active du risque de volatilité sur le bilan. Les sociétés qui optent pour l’exposition indirecte minimisent la complexité comptable, mais renoncent à l’effet d’affichage.

Banques françaises et bitcoin : de la garde aux stablecoins

L’entrée des grandes banques françaises dans l’écosystème bitcoin marque un tournant par rapport aux années précédentes. La Société Générale figure parmi les premières banques françaises dans les classements internationaux d’adoption du bitcoin. BNP Paribas et le Crédit Agricole apparaissent aussi dans ces classements, avec des approches différentes.

La Société Générale a développé des activités autour des stablecoins et de la garde d’actifs numériques via sa filiale dédiée. Il ne s’agit pas simplement de détenir du bitcoin, mais de proposer des services institutionnels : conservation sécurisée, émission de tokens, infrastructure blockchain.

En revanche, la plupart des banques de réseau n’offrent pas encore à leurs clients entreprises la possibilité d’acheter du bitcoin directement depuis un compte professionnel. Des acteurs comme Palatine (groupe BPCE) ont commencé à proposer un accès aux cryptoactifs via des partenariats avec des spécialistes, mais l’offre bancaire reste fragmentée et sélective.

Agrément PSCA et règlement MiCA : ce qui change pour les entreprises en 2026

Depuis le 1er juillet 2026, seuls les prestataires PSCA autorisés peuvent fournir des services sur crypto-actifs en France. Ce basculement vers le règlement européen MiCA modifie directement la manière dont les entreprises achètent et conservent du bitcoin.

Les conséquences pour les entreprises françaises qui investissent dans le bitcoin se déclinent sur plusieurs plans :

  • Le choix de la plateforme d’achat se restreint aux prestataires disposant de l’agrément PSCA, comme Coinhouse ou les filiales de plateformes internationales ayant obtenu leur licence en France
  • La garde des actifs numériques doit répondre à des exigences renforcées de séparation des fonds, de cybersécurité et de gouvernance interne
  • Les obligations de reporting augmentent, avec une traçabilité complète des transactions exigée par les autorités de supervision

Pour une entreprise qui détenait déjà du bitcoin via un prestataire enregistré PSAN (l’ancien régime), la transition vers PSCA a impliqué de vérifier que son intermédiaire avait bien obtenu le nouvel agrément. L’AMF a délivré ces agréments progressivement, et certains acteurs ont dû adapter leurs processus.

Directrice financière française présentant une stratégie d'investissement en bitcoin lors d'une réunion de direction

Quel profil d’entreprise française investit dans le bitcoin

Les sociétés françaises qui affichent publiquement une position en bitcoin restent majoritairement des entreprises cotées de taille intermédiaire, souvent déjà positionnées dans le secteur technologique ou financier. Les grands groupes industriels n’ont pas franchi le pas de la détention directe.

Le profil type combine plusieurs caractéristiques : une direction générale sensibilisée aux actifs numériques, une trésorerie suffisamment diversifiée pour absorber la volatilité, et un accès à des conseils juridiques et comptables spécialisés. La complexité réglementaire et comptable agit comme un filtre naturel qui écarte les PME n’ayant pas les ressources internes pour gérer cette classe d’actifs.

L’écart entre les intentions déclarées et les positions réelles reste difficile à mesurer. Plusieurs entreprises mentionnent un intérêt pour la blockchain ou les cryptomonnaies dans leur communication, sans que cela se traduise par une ligne bitcoin au bilan. La distinction entre stratégie d’investissement en bitcoin et simple veille technologique mérite d’être posée à chaque annonce.

Le cadre MiCA et la structuration progressive de l’offre bancaire devraient réduire les barrières d’entrée dans les prochaines années. La variable déterminante reste le traitement comptable des actifs numériques, dont une réforme alignée sur les normes IFRS pourrait modifier profondément le calcul coût-bénéfice pour les directions financières françaises.

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